La Rue Bordelaise (projet Saget)

La Rue Bordelaise, entre histoire et développement durable

 

 

Établir une liaison entre la gare, le fleuve et l’hyper centre en créant un axe méridien ; une idée innovante et contemporaine ? Non. Ce précepte urbain n’est pas nouveau. En effet, faciliter la circulation physique au cœur de la ville, autour des centres névralgiques comme la gare et favoriser les accès au fleuve en réalisant une nouvelle ouverture, une percée, remonte à la fin du 19e siècle. Aujourd’hui les enjeux d’innovation consistent à respecter ce principe urbain tout en préservant le patrimoine existant et en y ajoutant des exigences fortes en matière de développement durable. La rue Bordelaise (le projet Saget) intègre ces impondérables, garants de la naturelle continuité entre le Bordeaux d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Le site de la rue Bordelaise regroupe aujourd’hui des bâtis hétéroclites souvent sans lien entre eux : parking de supermarché, vieux entrepôts délabrés avec, ici ou là un bâtiment (dont il ne reste souvent qu’une façade) qui se distingue. Ce caractère morcelé s’explique notamment par les fonctions d’entrée de ville routière du site depuis la voie sur berge et le pont Saint-Jean. Sa requalification, prévue dès l’origine d’Euratlantique, nécessite cependant d’articuler la gare – et ses abords riches de bâtiments remarquables et porte d’entrée de la ville de pierre – avec les berges de Garonne. Les berges seront ici aussi requalifiées au travers d’une simplification des circulations qui permettra de prolonger le parc des berges avec la plantation de plus de 3 000 arbres au droit du quai de Paludate.

VALORISATION DU PATRIMOINE EXISTANT

Le travail de l’architecte, Edouard François, s’est inscrit dans la droite ligne du travail opéré aux siècles précédents pour creuser les différents cours reliant la ville à son fleuve. Le « méridien », percée d’une vingtaine de mètres de large (la largeur du cours de l’Intendance), structure ainsi un réseau de placettes typiques, dans leurs dimensions, du tissu urbain constitutif du cœur de Bordeaux. Le travail de la pierre blonde s’inspire des modèles archétypaux des bâtiments du Bordeaux XVIIIème, dont il reprend la trame caractéristique, dans le cadre d’un travail contemporain. La conservation de plusieurs constructions ou des éléments de façades qui subsistent participent aussi de cette ambition de faire un lien également entre architecture ancienne et architecture d’aujourd’hui.

Au-delà de l’ambition architecturale, le réemploi de la pierre des bâtiments existants, lorsque son état le permet, participe également d’une ambition environnementale forte dont le travail sur la végétalisation de l’espace public et la lutte contre les ilots de fraîcheur est une autre illustration.

 

 

LA VÉGÉTALISATION, VERS PLUS DE NATURE EN VILLE

Actuellement le site de la rue bordelaise souffre de phénomènes d’ilots de chaleurs dus à une imperméabilité des sols et l’absence totale de végétalisation. Le projet participe à inverser cette tendance. Des arbres en pleine terre seront plantés tout au long du méridien au milieu duquel courra un ruisseau. Les placettes crées seront-elles même fortement arborées. Au total 233 arbres de haute tige sont prévus dans le projet.

Le projet impose aussi des dispositions favorisant au maximum la végétalisation des toitures. 40% des toitures-terrasses seront ainsi végétalisées dont au moins la moitié avec un minimum de 40 cm de terre afin d’y laisser pousser des végétaux de tailles importantes. Cet objectif quantitatif garantit une ambition forte en matière de lutte contre les îlots de chaleur et de régulation des eaux pluviales. Il engage également à réaliser de véritables jardins en toiture plutôt que de fractionner la végétalisation sur les différents espaces (toiture, façade, sol…).

Au-delà de ce projet spécifique, ce double travail sur la minéralité du bâti et la végétalisation de l’espace public vise à expérimenter d’autres modes de réalisation de l’espace public permettant de concilier la mise en valeur du patrimoine bâti avec le renforcement de la place de la nature en ville.

CHIFFRES-CLÉS

  • un projet mixte de 66 000 m² alliant logements, bureaux, commerces, hôtels
  • 1300 m² dédiés aux vélos
  • 233 arbres plantés
  • 3600 m² imperméabilisés rendus à la nature (= désimperméabilisés)
  • 12 500 m² de façades et toitures et façades végétalisées
  • Réemploi d’au moins 50% des façades en pierre du site qui seront conservées et consolidées sur place, démontées puis remontées à l’identique à un nouvel emplacement sur l’opération, ou, lorsque leur état ne le permet pas, réutilisées dans la construction de nouveaux bâtiments
  • 1000 places de stationnement